« C’est de l’intérieur de nos erreurs qu’il faut travailler pour découvrir où nous sommes en train de nous tromper »

in Carlo ROVELLI, Et si le temps n’existait pas?, pp. 61-55, DUNOD 2014:

« Mais que savons-nous donc vraiment ?

« La base même de la science est donc la pensée critique : la conscience forte que nos visions du monde sont toujours partielles, subjectives, imprécises, provinciales et simplistes. Il faut sans cesse chercher à comprendre mieux. À ouvrir les horizons. À trouver un point de vue plus large. Cela n’est ni commode ni naturel car, d’une certaine façon, nous sommes prisonniers de nos pensées. Il est par définition impossible de sortir de notre propre pensée. On ne peut pas la regarder de dehors et la modifier. C’est de l’intérieur de nos erreurs qu’il faut travailler pour découvrir nous sommes en train de nous tromper. Cela revient, pour utiliser une belle et célèbre image, à reconstruire son bateau tout en naviguant. La science, c’est cela : un effort continu pour reconstruire et restructurer notre propre pensée alors même que nous sommes en train de penser.

« Aucune forme de connaissance humaine ne permet de faire des prédictions fiables comme celles de la science. Si les astronomes nous affirment que le mois prochain il y aura une éclipse de Soleil, nous pouvons parier qu’ils ont raison. Bien sûr, une étoile à neutrons pourrait arriver sur nous à une vitesse proche de celle de la lumière, et arracher la Lune, mais ce n’est vraiment pas probable.

« Toutefois, toutes les théories scientifiques ont été, un jour ou l’autre, remplacées par des théories meilleures. Même les plus efficaces. L’efficacité du modèle de Ptolémée, par exemple, est stupéfiante : nous pouvons, aujourd’hui encore, ouvrir son livre, écrit il y a dix-neuf siècles, et utiliser ses tables et sa géométrie pour prédire avec exactitude la position de Vénus dans le ciel le mois prochain. Néanmoins, nous savons que le monde n’est pas bien décrit par les «épicycles» et les « déférents » utilisés par Ptolémée. Encore plus impressionnant est le succès de la théorie de Newton, que nos ingénieurs utilisent chaque jour pour construire ponts et avions. Néanmoins, même la théorie newtonienne, si bien établie, s’est révélée fausse.

« Pouvons-nous vivre avec cette incertitude ? À quelle connaissance pouvons-nous nous fier ? Pourrons-nous jamais être certains que ce que la science nous dit du monde est vrai ? On peut rêver qu’un jour une théorie « finale » sera trouvée. Mais ce rêve me semble futile : ce que nous ne savons pas de la Nature est immense et les problèmes ouverts en physique théorique sont tellement fondamentaux que je ne nous crois pas proches de la fin du chemin.

« Alors, pourquoi la science est-elle crédible ? Pas parce qu’elle nous dit des choses certainement vraies, mais parce que ses réponses sont les meilleures que nous ayons pour le moment. Et ce presque par définition : si une réponse meilleure apparaît, c’est cette réponse qui sera « scientifique ». Ainsi, la physique de Newton était synonyme de science jusqu’à Einstein ; mais quand Einstein a trouvé une meilleure image du monde, où l’espace est courbe, le temps pas le même pour tout le monde, et la lumière faite de photons, la sortie du «newtonianisme» n’a pas été saluée comme la fin de l’ère scientifique. Bien au contraire, nous pensons qu’Einstein est un scientifique remarquable.

« Si la médecine tibétaine nous apprend qu’une certaine plante, ou une certaine technique, ou un certain comportement du médecin, aident la guérison, et si l’efficacité de ce soin devient bien vérifiée empiriquement, le soin tibétain n’est pas « anti scientifique » : il devient partie intégrante de la médecine «scientifique». Plusieurs de nos médicaments ont une origine de ce genre, d’ailleurs.

« La pensée scientifique est consciente de notre ignorance. Je dirais même que la pensée scientifique est la conscience même de notre grande ignorance et donc de la nature dynamique de la connaissance. C’est le doute, et non pas la certitude, qui nous fait avancer. C’est là, bien sûr, l’héritage profond de Descartes. Nous devons faire confiance à la science non parce qu’elle offre des certitudes, mais parce qu’elle n’en a pas.

« Je ne sais pas si l’espace est « vraiment » courbe, comme le veut la relativité générale, mais je ne connais pas, aujourd’hui, une façon d’envisager le monde physique plus efficace que de penser l’espace comme courbe. Les autres visions du monde ne rendent pas aussi bien compte de la complexité du monde.

« L’obsession scientifique de remettre toute vérité en question ne mène pas au scepticisme, ni au nihilisme, ni à un relativisme radical. La science est une pratique de la chute des Absolus qui ne tombe pas dans le relativisme total ou le nihilisme. Elle est l’acceptation intellectuelle du fait que les connaissances évoluent. Le fait que la vérité puisse toujours être interrogée n’implique pas qu’on ne puisse pas se mettre d’accord. En fait, la science est le processus même par lequel on arrive à se mettre d’accord.

« Cette aventure ne se base pas uniquement sur la froide rationalité. La rationalité, c’est ce qui est nécessaire pour formaliser la démarche. Mais au départ, toutes les grandes découvertes ont été des intuitions. La science est ce qui sort d’un rêve, qui s’avère plus efficace que d’autres rêves dominants, et qui devient le rêve commun de tout le monde. »

Carlo ROVELLI, Et si le temps n’existait pas?, pp. 61-55, DUNOD 2014

(les passages en gras sont soulignés par moi)

Deux places se libèrent dans les groupes de supervision du jeudi et vendredi

Supervision en groupe (4 personnes maximum) ouverte aux Gestalt-thérapeutes certifié.e.s ou en cours de certification finale et aux Gestalt-praticien.n.e.s engagé.e.s en 3e cycle de formation

  • un vendredi après-midi par mois une place se libère – dates 2026: 30/01, 20/02, 20/03, 17/04, 15/05, 19/06, 25/09, 16/10, 20 ou 27/11, 11/12
  • un jeudi après-midi par mois, une place se libère – dates 2026: 15/01, 12/02, 12/03, 16/04, 22/05, 11/06, 17/09, 22/10, 19/11, 10/12
  • En savoir plus: voir la page « supervision« 
  • me contacter pour s’inscrire .

L’efficacité de la Gestalt-thérapie mesurée par une recherche publiée dans Frontiers in Psychiatry

La recherche menée en partenariat par l’INSERM, le CHU de Limoges, l’Institut de Formation et de Gestalt-thérapie de Limoges (ILFG) et l’Institut Gestalt+ de Rennes vient d’être publiée dans Frontiers in Psychiatry: Use of the Temperament and Character Inventory to describe the effectiveness of Gestalt therapy, B.Calvet, JL.Vallejo, Y.Plu, I.Soulat, A.Foucher, JP.Clément (elle sera prochainement traduite en français):

« Background: Gestalt therapy (GT) is a dynamic, integrative, embodied approach that addresses human existence as a fundamentally relational modality, in which the experience of the self is situated in a dynamic organism–environment field. Assessments of GT are scarce, often avoided, and generally qualitative. The Therapy Gestalt TCI (THEGETCI) study aimed to show that the modifiable character dimensions of the 125-item Temperament and Character Inventory (TCI-125), as well as other personality temperament dimensions and emotional measures, change after a GT program.

Methods: A psychotherapeutic program consisting of 33 one-hour sessions (minimum of 12 sessions), spaced over several months, was offered to 319 subjects with mood and/or anxiety disorders. The TCI-125, Hospital Anxiety and Depression Scale, and visual analog scale (VAS) were used to assess subjective psychological states before and after the program. All TCI-125 scores were adjusted for potential confounding factors.

Results: Statistically significant differences between the initial and final mean scores were observed for anxiety (t = 16.46; p < 0.0001), depression (t = 11.24; p < 0.0001), and harm avoidance (t = 8.82; p < 0.0001), and global psychological distress assessed by VAS (t = 18.7; p < 0.0001) (all showing decreased scores). Significant increases were observed for the three maturity dimensions: Self-Directedness (t = −11.49; p < 0.0001), Cooperativeness (t = −2.77; p < 0.006), and Self-Transcendence (t = −4.52; p < 0.0001).

Conclusion: The THEGETCI study is one of the first to demonstrate the effectiveness of specific, current GT strategies on personality dimensions using rigorous evaluation methods. Further research is needed to confirm these results and to better identify both the expected benefits for practitioners and the problem profiles most likely to benefit from GT. »

Sources: https://www.frontiersin.org/journals/psychiatry/articles/10.3389/fpsyt.2025.1280954/full

J’ai fait partie des 59 Gestalt-thérapeutes ayant contribué à la collecte de données pour cette recherche, sur l’invitation d’Yves Plu, que je remercie.

La paix est un état de conscience

La fin de la seconde guerre mondiale est commémorée demain, le 8 mai. En français, « seconde » indique que l’énumération ne contiendra que deux éléments. Il n’y en aura donc pas de troisième.

Pour que cette règle de la langue française s’applique à notre monde d’aujourd’hui, nous avons, chacun.e de nous, quelque chose à faire AUJOURD’HUI, de toute urgence: RESISTER. Résister sans se battre pour ne pas ajouter de la violence à la violence.

La paix est un état de conscience.

Résister aux discours bellicistes portés par quelques uns qui prétendent parler au nom des peuples. Résister à notre insconscience, notre lâcheté individuelle et collective.

Car en effet, si l’histoire peut se « répéter », comme on dit, ce n’est pas parce que nous avons oublié l’ampleur des morts et des massacres ni des désastres qui se répercutent sur les générations suivantes.

Non, cette mémoire est dans nos coeurs, engrammée dans nos cellules, pour le pire et pour le meilleur: si le pire appartient à un destin que nous subissons, peut-être le meilleur relève-t-il de notre choix d’aujourd’hui, de notre engagement délibéré. Dé-libéré.

Pour autant nous semblons avoir oublié comment nous, « les peuples », avons de tout temps été manipulés pour subir et/ou participer à ces massacres, par inconscience, déni, lâcheté, conviction ou cruauté (car oui, laisser faire est une forme de participation tout aussi cruelle).

C’est toujours cet oubli-là qui permet que « l’histoire » se « répète ».

Alors réveillons-nous, relevons-nous, unissons-nous, cessons de nous soumettre et arrêtons de participer à ces massacres, à ces désastres.

©  Anne Carpentier, 7.5.2024

Rev. 17.05.24

Comment éduquer les enfants pour la paix (Laura Perls, 1939)

Laura Perls, in Vivre à la frontière (1992), l’exprimerie, 2001,2020 (pp.49-50)

« Les personnes qui ont été soumises à un régime d’obéissance aveugle, qui ne peuvent penser ou agir par elles-mêmes, utiliser leur propre jugement ou vouloir, ne peuvent faire que ce qu’on leur dit de faire; elles représentent des proies faciles pour celui qui veut assumer le pouvoir. Elles croiront et accepteront tout ce qui leur sera imposé, si on exerce sur elles une pression suffisante, au moyen de promesses ou de menaces. Comme elles ne font preuve d’aucun esprit critique, elles ont une compréhension limitée de l’actualité sociale ou politique et peu de possibilité d’agir avec discernement. Facilement subjuguées par une apparence de force, elles cèdent aisément à la propagande.
C’est ce qui explique que le fascisme ait pu gagner aussi rapidement tant de popularité et d’adeptes, non seulement dans les pays où il avait pris naissance, mais à la grandeur du monde, dans des pays totalement différents sur le plan historique, politique et socioculturel ».

Laura Perls, in Vivre à la frontière (1992), l’exprimerie, 2001,2020 (pp.49-50)

Avec une clarté toujours plus aveuglante

« Je suis convaincu que l’étude scientifique de l’âme est la science de l’avenir. (…) Il apparaît, en effet, avec une clarté toujours plus aveuglante que ce ne sont ni la famine, ni les tremblements de terre, ni les microbes, ni le cancer, mais que c’est bel et bien l’homme qui constitue pour l’homme le plus grand des dangers. La cause en est simple: il n’existe encore aucune protection efficace contre les épidémies psychiques; or ces épidémies là sont infiniment plus dévastatrices que les pires catastrophes de la nature. Le suprême danger qui menace aussi bien l’être individuel que les peuples pris dans leur ensemble, c’est le danger psychique ».

C.G. Jung, 1944, in L’homme à la découverte de son âme (1987), cité par Frédéric Lenoir in Jung, un voyage vers soi, Albin Michel 2021

Le pragmatisme, une des sources philosophiques de la Gestalt, une alternative politique pour aujourd’hui?

« Dans les années 1930, de l’autre côté de l’Atlantique, une grande querelle intellectuelle opposa Walter Lippmann, fondateur du néolibéralisme contemporain, au philosophe pragmatiste John Dewey. Le premier promouvait la logique d’un État vertical mené par un gouvernement appuyé sur des « experts » pour faire accepter des choix jugés éclairés, dans une démocratie strictement représentative. Le second, sans nier les principes de représentation ou les institutions de savoir, valorisait au contraire les expérimentations sociales horizontales et l’implication continue des citoyens, seules à même de rendre possible une démocratie vivante et créative. Cette alternative politique est plus que jamais devant nous ».

Joseph Confavreux, juillet 2020, in https://www.mediapart.fr/journal/france/110720/savoir-et-pouvoir-ce-que-la-crise-sanitaire-nous-enseigne?page_article=2

Plus de 3 ans plus tard (ou près de 100 ans plus tard), cette alternative politique est toujours devant nous. A nous de nous en saisir…

Le pragmatisme, courant philosophique américain du XXe siècle, est l’une des sources philosophiques sur lesquelles Paul Goodman a construit sa pensée. On peut reconnaître cette source dans Gestalt-thérapie, le livre fondateur de Perls, Hefferline & Goodman (1951).

Ainsi pour John Dewey (1859-1952), l’une des principales figures de ce courant philosophique,  « le véritable objet de la psychologie est l’étude de l’ensemble de l’organisme fonctionnant dans l’environnement ». (André Jacques, « La Gestalt-thérapie irrémédiablement américaine ? », Revue Gestalt n°6, 1994).

Ou encore: « L’expérience est fondamentalement une interaction sujet / milieu. C’est même cette interaction qui est première et ce n’est que par abstraction que l’un ou l’autre des termes peut être isolé. (…) L’expérience est un mélange d’activité et de passivité, de projet et de réceptivité. C’est un processus de transaction continue organisme-milieu, immergé dans le social et dans l’histoire. (Lecture de John Dewey (1859-1952) par Michel Fabre http://cren.univ-nantes.fr/notes-cren/n-22/)

Et aujourd’hui?

Plus de 3 ans plus tard (ou près de 100 ans plus tard), cette alternative politique est toujours devant nous. A nous de nous en saisir…

La sensorialité du contact à l’épreuve de la distance, Revue Gestalt 56, 2021

Fragments pensés par temps contraint

écrit mai 2021

https://www.cairn.info/revue-gestalt-2021-1-page-11.htm?contenu=resume

« Ayant eu depuis le confinement l’expérience avec ses clients de l’émergence de secrets enfouis, ou d’états de conscience élargie, ou encore d’altérations de la proprioception et de l’intercorporalité, l’auteure a dû incarner autrement sa présence à distance. Elle souligne alors la dimension spirituelle du trauma, qu’elle ajoute au modèle de la fenêtre de tolérance (D. Siegel, M. Taylor). Puis elle analyse la sensorialité du contact, restreinte dans la thérapie à distance, à travers l’extéroception, l’intéroception et la supraception. Suit une réflexion sur la peur chronicisée générée par le matérialisme prédateur qui détruit le vivant dont nous sommes pourtant indissociables ».

copyright SFG – Revue Gestalt

Charte des usagers de la psychothérapie



1. Droit à la dignité et au respect
Quelle que soit sa demande ou son état psychique, la personne en psychothérapie a droit au respect, à la dignité et à l’intégrité de sa personne physique et mentale, sans discrimination d’aucune sorte.

2. Droit au libre choix
La personne en psychothérapie a le droit de choisir librement sa méthode et sa/son psychothérapeute et de modifier ce choix, si elle l’estime nécessaire.

3. Droit à l’information
La personne en psychothérapie a le droit de connaître la (ou les) méthode(s) employée(s) par la/le psychothérapeute, ainsi que sa qualification, sa formation et son affiliation professionnelle.

4. Conditions de la thérapie
Les conditions de la thérapie doivent être précisées avant tout engagement : 
les modalités (verbale, émotionnelle, corporelle…), la durée et la fréquence des séances, la durée présumée du traitement et ses conditions de prolongation ou d’arrêt, le coût financier (honoraires, prise en charge éventuelle, conditions d’assurance, règlement des séances manquées).

5. Droit à la confidentialité
La/le psychopraticien.ne doit s’engager, auprès de la personne en thérapie, à la confidentialité absolue, concernant tout ce qui lui est confié au cours de la thérapie.
Cette confidentialité est une condition indispensable à la relation thérapeutique.
Elle est limitée par les dispositions légales en vigueur.

6. Engagement déontologique du psychothérapeute
La/le praticien.ne est tenu de respecter le code de déontologie de son organisme professionnel de référence. Ce code est communiqué sur simple demande.
La/le psychopraticien.ne est dans l’obligation d’assumer ses responsabilités : elle/il doit s’engager à ne pas utiliser la confiance établie à des fins de manipulation politique, sectaire ou personnelle (dépendance émotionnelle, intérêts économiques, relations sexuelles…).

7. Procédure de doléance
En cas de plainte ou de réclamation, la personne en psychothérapie peut s’adresser à des organismes professionnels de recours ou à la Justice.

La Charte est appelée à une diffusion aussi large que possible auprès du public et des professionnels et à un affichage dans le cabinet des psychothérapeutes.

Les termes de cette Charte ont été adoptés le 14 juillet 2002, à Vienne (Autriche), par le 3e Congrès mondial de Psychothérapie (World Council for Psychotherapy), qui a réuni 4 000 psychothérapeutes de 80 pays de tous les continents.