Naissance
La Gestalt-thérapie, dont l’efficacité vient d’être mesurée scientifiquement, a été conçue par Frederick Perls (1893-1970), neuropsychiatre et psychanalyste allemand, et Lore Polsner Perls (1905-1990), docteur en psychologie (Gestalt-psychologie) et psychanalyste allemande. Fuyant le nazisme, Fritz et Laura quittent l’Allemagne et émigrent en Afrique du Sud durant la seconde guerre mondiale. Perls y publiera en allemand Le Moi, la Faim, l’Agressivité, qui contient les prémices de la Gestalt-thérapie (co-écrit par Laura & Fritz et publié sous le seul nom de F. Perls).

La Gestalt-thérapie naquit vraiment en 1951 avec la parution à New York en anglais de Gestalt-Therapy, ouvrage princeps co-écrit avec Paul Goodman et Ralph Hefferline, intellectuels de la gauche américaine. (Le tome 2 a été traduit en français par JM Robine et publié à l’exprimerie).
Dans le bouillonnement de création de nouveaux courants psychanalytiques et de nouvelles psychothérapies, la Gestalt-thérapie se développe aux Etats-Unis à partir de 1952, avec la création de plusieurs instituts de formation.
La Gestalt-thérapie et son fondateur Frederick Perls devinrent célèbres dans la culture libertaire nord-américaine des années 70.
La Gestalt-thérapie traverse alors l’Atlantique pour arriver en Europe. Elle s’est développée en France à partir des années 80 avec l’Ecole Parisienne de Gestalt, suivie par la création de plusieurs écoles et instituts de formation (cf. « collectif des 7 écoles »).
Aujourd’hui, la Gestalt-thérapie est pratiquée sur tous les continents (représentée en Europe par l’EAGT et internationalement par l’AAGT).
Son efficacité a été mesurée par une recherche INSERM/CHU de Limoges, ILFG et Gestalt + publiée en 2025 dans Frontiers in Psychiatry: Use of the Temperament and Character Inventory to describe the effectiveness of Gestalt therapy, B.Calvet, JL.Vallejo, Y.Plu, I.Soulat, A.Foucher, JP.Clément.
Spécificités
Gestalt est un mot allemand qui signifie « forme » : une table n’a pas la même « forme » selon qu’elle est dressée pour le repas ou couverte de livres et d’un ordinateur portable. Le verbe Gestalten signifie « mettre en forme », « donner une structure ». Ce terme n’ayant pas d’équivalent exact en anglais, les fondateurs de la Gestalt-thérapie ont conservé le terme allemand, après avoir envisagé d’autres appellations, dont « Psychothérapie existentielle » (mais l’existentialisme avait mauvaise presse aux USA dans les années 50 avec le maccarthisme).
La Gestalt-thérapie trouve ses racines dans plusieurs courants dont la psychanalyse, la Gestalt-théorie ou Gestalt-psychologie (psychologie de la forme), la phénoménologie, l’existentialisme, le pragmatisme et aussi le zen.
Le changement de paradigme apporté par la Gestalt est l’indissociabilité organisme/environnement (inséparabilité personne/monde): le self est un processus et non une entité ou une structure, c’est le « système de contact » entre la personne et son environnement. Ainsi la Gestalt pose son regard sur cet entre deux qu’elle nomme « frontière-contact » et s’intéresse au processus, à l’ajustement permanent entre une personne et son environnement.
Cet ajustement est par définition en perpétuel changement, en perpétuel mouvement. Vivre, c’est s’ajuster en permanence au monde, de manière conservatrice ou créatrice.
La Gestalt-thérapie est une psychothérapie holistique et existentielle, c’est-à-dire une démarche qui considère l’être humain dans sa totalité, c’est-à-dire l’être-au-monde (corps-esprit-en-relation-au-monde). Le travail gestaltiste permet, dans un cadre donné, d’explorer souffrances et difficultés existentielles. La Gestalt met l’accent sur la prise de conscience du processus en cours dans l’ici et maintenant de chaque situation.
La Gestalt place le client comme acteur du changement, et le contact comme moteur de ce changement (la relation étant une somme de contacts). La relation client-praticien est dialogale, non hiérarchique et cocréée par le client et le praticien. Tous deux explorent ensemble le processus de contact à l’œuvre dans la vie du client et dans la situation thérapeutique, visant un « ajustement créateur ». Il ne s’agit pas de s’adapter à ce qui est attendu socialement, mais de créer son propre être-au-monde, conjuguant liberté et responsabilité.
En savoir plus: Les 1000 facettes de la Gestalt-thérapie, entretien avec Chantal Masquelier Savatier et Sylvie Schoch deNeuforn, Le Cercle Psy.
La Gestalt-thérapie, Chantal Masquelier Savatier, « Que sais-je ? » n° 4006, PUF, Paru en janvier 2015